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Géographie_sociale
Une étude collective (1) révèle que les femmes mangent en moyenne moins de viande que les hommes et ce depuis… 10 000 ans ! Explications avec l’archéologue et anthropologue Rozenn Colleter.
Max Rousseau, géographe et professeur d’études urbaines à l’université de Lyon, analyse ce phénomène qui fait de l’alimentation un marqueur social exacerbant les inégalités.
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Le Télégramme (Bretagne)
samedi 9 mai 2026 567 mots, p. AURAY3
France
Max Rousseau Géographe et professeur d’études urbaines à l’université de Lyon
Propos recueillis par P. C.
Propos recueillis par P. C.
page auray3
La mairie de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) s’oppose à l’homogénéisation des commerces. Quelles sont les racines de ce phénomène ?
Les grands magasins apparaissent à la fin du XIX e siècle, à la fin du Second Empire, dans un contexte de restructuration très forte du tissu urbain. Haussmann détruit les quartiers ouvriers. C’est la première forme de gentrification politique en Europe. On est alors dans un contexte révolutionnaire, marqué par des émeutes récurrentes et une volonté de contrôle de l’espace public. Ces premiers commerces d’envergure sont desservis par les grands boulevards. La ville moderne naît à ce moment-là. Après la guerre 39-45, la forte hausse de la production débouche sur la grande distribution. Puis vient l’ouverture des marchés et la globalisation, qui conduisent à la création de multinationales. Cela produit un nivellement par le bas des prix. À partir des années 1980, avec la compression des salaires, les coûts baissent dans de nombreux secteurs. On le voit aujourd’hui avec Shein ou Temu, mais cela a commencé bien avant. L’homogénéisation vient surtout des multinationales et de la globalisation : Burger King, McDonald’s, etc.
Pensez-vous donc que le maire de Saint-Ouen se trompe de cible en voulant déclarer la guerre à l’enseigne Master Poulet ?
Oui car il déplace le problème. C’est assez surprenant, d’autant que l’entrepreneur vient de la banlieue parisienne. Au contraire, il devrait être content qu’il y ait une offre locale. Les produits de Master Poulet sont globalement moins mauvais car moins transformés. Leur poulet n’en reste pas moins de mauvaise qualité, souvent importé de Pologne. Or, la consommation de poulet explose avec l’urbanisation, partout dans le monde, parce que c’est l’une des protéines les moins chères du marché. La gentrification crée un nouveau conflit autour de l’alimentation, devenue un facteur de distinction sociale. La vraie question est celle des inégalités de santé. On est contents d’avoir, à Saint-Ouen, les travailleurs précaires qui font tourner Paris mais il faut aussi les nourrir de manière accessible et qualitative.
Peut-on bien manger dans des centres urbains en étant issus des classes les moins favorisées ?
Ce ne sera pas forcément avec une qualité moindre car certaines innovations technologiques permettent aussi de réduire les coûts. Mais, en général, cela suppose une intensification du travail ailleurs. Si les gens peuvent manger pour pas cher à Saint-Ouen, c’est aussi parce qu’il y a des travailleurs exploités en Pologne, qu’on ne voit pas. Cela montre aussi notre habitude de l’abondance, qui est au cœur de la promesse de la modernité. Mais à quel prix ? Au fond, c’est une question de lutte des classes, un moteur du jeu politique depuis toujours. Ce qui est intéressant ici, c’est le clivage au sein même de la gauche. À Saint-Ouen, on a, d’un côté, une classe moyenne diplômée, et, de l’autre, des classes populaires, avec, en plus, une dimension ethnique qui se superpose. D’un côté, une stratégie multiculturelle portée par LFI. De l’autre, Bouamrane qui semble davantage se rapprocher du Printemps républicain.
Illustration(s) :
« La gentrification crée un nouveau conflit autour de l’alimentation, devenue un facteur de distinction sociale », souligne Max Rousseau, géographe et professeur d’études urbaines à l’université de Lyon.
. Photo Max Rousseau
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Le Télégramme (Bretagne)
samedi 9 mai 2026 567 mots, p. AURAY3
France
Max Rousseau Géographe et professeur d’études urbaines à l’université de Lyon
Propos recueillis par P. C.
Propos recueillis par P. C.
page auray3
La mairie de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) s’oppose à l’homogénéisation des commerces. Quelles sont les racines de ce phénomène ?
Les grands magasins apparaissent à la fin du XIX e siècle, à la fin du Second Empire, dans un contexte de restructuration très forte du tissu urbain. Haussmann détruit les quartiers ouvriers. C’est la première forme de gentrification politique en Europe. On est alors dans un contexte révolutionnaire, marqué par des émeutes récurrentes et une volonté de contrôle de l’espace public. Ces premiers commerces d’envergure sont desservis par les grands boulevards. La ville moderne naît à ce moment-là. Après la guerre 39-45, la forte hausse de la production débouche sur la grande distribution. Puis vient l’ouverture des marchés et la globalisation, qui conduisent à la création de multinationales. Cela produit un nivellement par le bas des prix. À partir des années 1980, avec la compression des salaires, les coûts baissent dans de nombreux secteurs. On le voit aujourd’hui avec Shein ou Temu, mais cela a commencé bien avant. L’homogénéisation vient surtout des multinationales et de la globalisation : Burger King, McDonald’s, etc.
Pensez-vous donc que le maire de Saint-Ouen se trompe de cible en voulant déclarer la guerre à l’enseigne Master Poulet ?
Oui car il déplace le problème. C’est assez surprenant, d’autant que l’entrepreneur vient de la banlieue parisienne. Au contraire, il devrait être content qu’il y ait une offre locale. Les produits de Master Poulet sont globalement moins mauvais car moins transformés. Leur poulet n’en reste pas moins de mauvaise qualité, souvent importé de Pologne. Or, la consommation de poulet explose avec l’urbanisation, partout dans le monde, parce que c’est l’une des protéines les moins chères du marché. La gentrification crée un nouveau conflit autour de l’alimentation, devenue un facteur de distinction sociale. La vraie question est celle des inégalités de santé. On est contents d’avoir, à Saint-Ouen, les travailleurs précaires qui font tourner Paris mais il faut aussi les nourrir de manière accessible et qualitative.
Peut-on bien manger dans des centres urbains en étant issus des classes les moins favorisées ?
Ce ne sera pas forcément avec une qualité moindre car certaines innovations technologiques permettent aussi de réduire les coûts. Mais, en général, cela suppose une intensification du travail ailleurs. Si les gens peuvent manger pour pas cher à Saint-Ouen, c’est aussi parce qu’il y a des travailleurs exploités en Pologne, qu’on ne voit pas. Cela montre aussi notre habitude de l’abondance, qui est au cœur de la promesse de la modernité. Mais à quel prix ? Au fond, c’est une question de lutte des classes, un moteur du jeu politique depuis toujours. Ce qui est intéressant ici, c’est le clivage au sein même de la gauche. À Saint-Ouen, on a, d’un côté, une classe moyenne diplômée, et, de l’autre, des classes populaires, avec, en plus, une dimension ethnique qui se superpose. D’un côté, une stratégie multiculturelle portée par LFI. De l’autre, Bouamrane qui semble davantage se rapprocher du Printemps républicain.
Illustration(s) :
« La gentrification crée un nouveau conflit autour de l’alimentation, devenue un facteur de distinction sociale », souligne Max Rousseau, géographe et professeur d’études urbaines à l’université de Lyon.
. Photo Max Rousseau
Article de Jacques Levy.
La progression du vote en faveur du Rassemblement national aux élections européennes puis législatives a relancé le débat sur l’analyse électorale. Quelle place faut-il accorder à la localisation géographique des électeurs dans les motivations de leurs choix ? Au-delà des situations socio-économiques, la situation territoriale est-elle une variable explicative des comportements politiques ?
L'article fait l'objet d'une réponse critique argumentée du géographe Olivier Bouba-Olga
La progression du vote en faveur du Rassemblement national aux élections européennes puis législatives a relancé le débat sur l’analyse électorale. Quelle place faut-il accorder à la localisation géographique des électeurs dans les motivations de leurs choix ? Au-delà des situations socio-économiques, la situation territoriale est-elle une variable explicative des comportements politiques ?
L'article fait l'objet d'une réponse critique argumentée du géographe Olivier Bouba-Olga
À chaque élection, la carte, méthodologiquement critiquable, montrant le candidat ou la candidate arrivée en tête par circonscription, conduit à des erreurs d’interprétation visuelle. Sans nier la très forte augmentation du vote pour le Rassemblement national, plusieurs géographes rappellent les limites de ce type de représentation.
Les cartes sont un support important pour faire avancer l’action politique, en ce qu’elles servent avec efficacité « l’expression de la dissidence ». Ce ne sont pas des documents scientifiques neutres ; elles contribuent à façonner une vision du monde non exempte de biais sélectifs. Même lorsque les autrices et les auteurs des cartes prétendent produire des représentations exactes, les données et les relations qu’elles et ils choisissent de modéliser sont soigneusement sélectionnés pour encadrer le récit. La carte peut ainsi produire un « discours », ce que le philosophe Michel Foucault a défini comme une manière non seulement d’afficher des informations spatiales, mais aussi d’organiser des connaissances géographiques qui structurent la compréhension collective d’une situation.
L’analyse des indices de position sociale (IPS) des établissements montre à la fois les écarts entre public et privé, mais aussi entre certains collèges du public peu éloignés.
Utilisées comme un outil de pilotage du système éducatif notamment pour le découpage de la carte scolaire, les données concernant l’Indice de position sociale (IPS) étaient jusque-là assez confidentielles et considérées comme domaine réservé de l’Education nationale. Il a fallu un recours au tribunal administratif et une décision de justice pour que ces données soient enfin accessibles. Même si l’on n’a pas accès au détail de leur production ni à leurs différents modes d’utilisation, ces données étaient depuis longtemps attendues par la communauté éducative (parents, enseignants, formateurs, chercheurs). Certes, les données en matière d’éducation sont encore loin d’être accessibles, mais cela traduit un progrès notable dans le mouvement d’ouverture des données publiques. Pour autant, l’accès aux données d’IPS permettra-t-il d’ouvrir des pistes de réflexion et d’action en matière de lutte contre les inégalités scolaires ? Retour sur un mouvement d’ouverture des données qui interroge sur la volonté de promouvoir une véritable mixité sociale.